Un franchassis désigne l’ossature porteuse d’un bâtiment, la structure qui supporte l’ensemble des charges et redistribue les efforts vers les fondations. Dans un projet mixte, où cohabitent des fonctions résidentielles, commerciales ou tertiaires sur un même ensemble bâti, le choix du franchassis conditionne à la fois la faisabilité technique et l’équilibre financier. La question du surcoût se pose dès la phase de conception, bien avant le premier coup de pelleteuse.
Franchassis et projet mixte : où se logent les écarts de coût
Le surcoût attribué au franchassis dans un projet mixte provient rarement de la structure elle-même. Il naît de décisions prises en amont, quand les usages ne sont pas encore stabilisés et que chaque lot technique travaille en silo.
Les postes qui génèrent des écarts sont identifiables tôt. Voici les principaux facteurs de dérive budgétaire :
- Le surdimensionnement des porteurs pour compenser l’absence de programme définitif sur les niveaux commerciaux ou tertiaires, ce qui alourdit les fondations et les descentes de charges.
- Les reprises de structure tardives lorsqu’un exploitant impose des trémies, des hauteurs sous plafond ou des charges d’exploitation non prévues au départ.
- La multiplication des études de faisabilité séparées (structure, fluides, acoustique) sans coordination, ce qui crée des incohérences rattrapées sur chantier.
Chacun de ces postes peut être neutralisé si le franchassis est conçu comme un élément partagé dès l’esquisse, et non comme un support que chaque usage vient modifier après coup.

Concevoir le franchassis en amont : la méthode qui absorbe la mixité
Un franchassis pensé pour un projet mixte repose sur une trame structurelle régulière, capable d’accueillir des configurations variées sans modification lourde. Concrètement, cela signifie adopter une maille de poteaux et de refends compatible avec les portées les plus contraignantes du programme.
Fixer la trame sur le cas d’usage le plus exigeant
Un local commercial en rez-de-chaussée demande des portées libres plus larges qu’un logement en étage. Si la trame du franchassis intègre cette contrainte dès le départ, les niveaux résidentiels s’y insèrent sans reprise structurelle. La trame la plus exigeante devient le standard de tout le bâtiment, ce qui supprime les adaptations coûteuses en phase chantier.
En revanche, si la structure est calée sur les portées résidentielles, chaque local commercial nécessitera des poutres de reprise ou des renforts localisés. Ces interventions ponctuelles coûtent proportionnellement plus cher qu’un léger surdimensionnement global.
Intégrer les réservations techniques dans le plan de structure
Les gaines, trémies et traversées de plancher représentent une source de reprises fréquente. Dans un projet mixte, les besoins en ventilation, en extraction ou en alimentation électrique varient fortement d’un niveau à l’autre. Prévoir des réservations génériques dans le franchassis évite les carottages après coulage, qui fragilisent la structure et génèrent des frais d’études complémentaires.
Le principe est simple : chaque plancher intègre des zones prédécoupées, positionnées sur la trame, utilisables ou non selon l’usage final. Le surcoût de ces réservations à la conception est marginal. Le coût d’un percement a posteriori, lui, ne l’est pas.
Montage juridique et fiscal d’un projet mixte avec franchassis
La structure physique du bâtiment n’est qu’une face du problème. Le montage juridique du projet mixte influe directement sur la capacité à absorber les coûts sans les reporter sur le franchassis.
Depuis l’été 2026, l’administration fiscale a relevé le seuil de la franchise des impôts commerciaux applicable aux organismes réalisant des activités lucratives accessoires (source : BOFiP, mise à jour du 5 août 2026). Ce relèvement permet à une structure principale non lucrative d’héberger une activité commerciale sans basculer immédiatement à l’IS et à la CET, tant que le chiffre d’affaires commercial reste sous le nouveau seuil.
Pour un projet immobilier mixte, cette évolution ouvre un levier concret. Si le franchassis porte à la fois des locaux associatifs et une activité franchisée, le surcoût fiscal peut être évité tant que l’activité lucrative reste accessoire.
| Paramètre | Avant été 2026 | Depuis été 2026 |
|---|---|---|
| Seuil franchise impôts commerciaux (activité accessoire) | Seuil antérieur | Seuil relevé (BOFiP) |
| Assujettissement IS et CET | Dès dépassement du seuil | Marge supplémentaire avant basculement |
| Impact sur le montage du projet mixte | Séparation juridique souvent nécessaire | Possibilité de loger l’activité dans la structure existante |
À l’inverse, toute optimisation ultérieure (cession de l’entité support, refinancement, repositionnement du concept) comporte désormais des coûts et délais juridiques incompressibles. Ces frais doivent être intégrés dès la conception du montage, sous peine de créer un surcoût différé bien plus lourd que l’économie initiale.

Coordonner les lots pour que le franchassis ne devienne pas la variable d’ajustement
Sur un chantier mixte, le franchassis subit les arbitrages tardifs des autres corps d’état. Un exploitant commercial qui modifie son agencement après le gros œuvre, un bureau d’études fluides qui décale une gaine technique : chaque changement se traduit par une intervention sur la structure porteuse.
La parade tient en une règle : verrouiller le plan de structure avant le dépôt du permis de construire. Cela suppose que tous les preneurs soient identifiés, ou à défaut que le programme définisse des enveloppes d’usage suffisamment précises pour que le franchassis n’ait pas à évoluer.
Un maître d’ouvrage qui repousse la définition des usages après l’obtention du permis prend le risque de modifications structurelles en phase DCE ou chantier. Ces modifications représentent le premier poste de surcoût sur les projets mixtes, devant les aléas géotechniques ou les hausses de prix des matériaux.
Prix du franchassis : ce qui pèse vraiment dans le budget
Le béton et l’acier du franchassis représentent une part stable du budget global d’un bâtiment. Ce qui varie, ce sont les heures d’études, les reprises de plans et les interventions correctives. Un franchassis bien conçu dès l’esquisse coûte le même prix en projet mixte qu’en projet mono-usage. La mixité n’est pas un facteur de surcoût structurel, c’est l’impréparation qui l’est.
Le levier principal reste la coordination précoce entre maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre et exploitants. Un projet où le franchassis est défini en dernier absorbe tous les aléas des autres lots. Un projet où il est défini en premier distribue les contraintes aux lots secondaires, qui s’adaptent plus facilement et à moindre coût.

