Ces dernières semaines, un vent de migration souffle sur les applications de messagerie. Face à la nouvelle politique de confidentialité de WhatsApp, un défilé d’utilisateurs a pris la tangente vers d’autres plateformes jugées plus respectueuses de la vie privée. Parmi elles, Signal se détache, portée par cette vague d’exode numérique. Mais derrière cette application qui promet la discrétion, qui tire vraiment les ficelles ?
L’annonce d’un changement dans le partage des données entre WhatsApp et Facebook, fixée au 8 février, a installé le doute chez de nombreux usagers. Conséquence immédiate : une ruée vers d’autres messageries, réputées plus protectrices, dont Signal qui, en quelques jours, a vu le nombre de ses adeptes s’envoler. Mais au-delà du download frénétique, la question reste : qui pilote ce projet réputé pour sa discrétion ?
Un nom attire l’attention : Moxie Marlinspike. Derrière cet alias étonnant se tient un Américain qui cultive la discrétion jusqu’à l’obsession. Les informations officielles restent évasives, mais quelques repères émergent : originaire de Géorgie, installé en Californie, il plonge dans le chiffrage des communications dès 2010. Cette année-là, il conçoit RedPhone pour sécuriser les appels et TextSecure pour garantir la confidentialité des messages écrits.
Les chiffres donnent la mesure du phénomène : juste avant l’annonce de WhatsApp, Signal cumulait 246 000 téléchargements dans le monde. La semaine suivante, ce chiffre bondit à 8,8 millions. À la base de cette progression fulgurante se trouve Whisper Systems, la start-up lancée par Marlinspike pour garantir la sécurité des échanges. En 2013, elle devient Open Whisper Systems, adoptant une logique open source affirmée.
2015 s’impose ensuite comme un jalon : RedPhone et TextSecure fusionnent pour former Signal, rendant accessible à tous le chiffrement en une seule application. Marlinspike y impose un style singulier dans la tech : certains le décrivent comme un « anarchiste », habité par une méfiance viscérale envers les autorités et déterminé à fournir aux internautes de vraies armes de défense numérique grâce à la cryptographie.
Comment Signal fonctionne-t-il sans modèle commercial classique ?
Pour saisir l’organisation de Signal, il faut remonter à ses origines. Dès 2013, Open Whisper Systems reçoit le soutien d’un fonds technologique à but non lucratif établi aux États-Unis. Cette première aide lance l’aventure sur des bases inédites dans le secteur de la messagerie privée.
En 2018, elle franchit un seuil en donnant naissance à la Signal Foundation, une structure indépendante adoptant le statut 501c3 typique des associations américaines sans but lucratif. Ce format particulier permet à Signal de fonctionner sans pression commerciale ou publicitaire, en s’appuyant exclusivement sur la générosité de la communauté et les dons privés, à la manière de la fondation qui soutient Wikipédia.
L’année 2018 marque aussi l’arrivée d’un allié de poids : Brian Acton, ex-cofondateur de WhatsApp, effectue un don de 50 millions de dollars et rejoint le conseil d’administration. À ses côtés, Moxie Marlinspike et Meredith Whittaker, grande voix du monde des technologies, construisent la gouvernance du projet.
Aujourd’hui, Signal évolue loin des géants du web. Ses choix radicaux en faveur de l’open source, la transparence de ses sources de financement et son engagement sans équivoque pour la confidentialité le placent à part dans l’univers des messageries. Reste à observer si cette éthique rigoureuse résistera à la tempête de popularité et aux défis portés par une croissance qui ne fait que commencer.


