Une entreprise née de la fusion franco-italo-américaine qui s’organise à partir du Michigan : voilà de quoi bousculer les lignes d’une industrie longtemps ancrée sur le Vieux Continent. Depuis 2021, la direction opérationnelle de Stellantis s’exerce à partir du Michigan, loin de ses racines européennes. Carlos Tavares, architecte de la fusion entre PSA et FCA, orchestre une stratégie d’expansion rapide, tout en affrontant les contraintes d’une industrie sous tension.
Pour Stellantis, la feuille de route se dessine autour de trois axes : accélérer la transition vers l’électrique, clarifier le positionnement de ses multiples marques et viser la rentabilité sur des marchés où la concurrence ne laisse aucun répit. Les décisions récentes, à commencer par les alliances et le repositionnement de certaines marques, montrent une capacité d’adaptation face à la montée en puissance des constructeurs asiatiques et à la pression réglementaire qui s’intensifie dans le secteur automobile.
Stellantis à la croisée des chemins : comprendre les récentes évolutions du groupe
Dans le paysage automobile mondial, Stellantis s’affirme comme un géant doté de multiples visages. La fusion de PSA et Fiat Chrysler a hissé le groupe à la quatrième place mondiale, réunissant sous une même bannière les héritages séculaires de la famille Peugeot et de la famille Agnelli. Sixteen marques se partagent désormais les marchés d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie : Jeep, Citroën, Ram, Opel… entre autres.
Mais derrière cette puissance, la question de l’équilibre demeure. Entre la répartition internationale, la mosaïque de cultures d’entreprise, la cohabitation de marques historiques et d’autres plus discrètes, Stellantis doit sans cesse prouver sa capacité à tenir le cap. L’offensive sur l’électrique s’accélère, comme le prouvent la Citroën C3 électrique et la Fiat Grande Panda. L’accord signé avec le constructeur chinois Leapmotor illustre aussi la détermination du groupe à occuper le terrain des véhicules électriques accessibles, tout en gardant un œil sur la rentabilité alors que les investissements atteignent des sommets.
Parmi les récentes orientations stratégiques, plusieurs exemples révèlent l’agilité du groupe. On assiste à un renforcement sur le marché des utilitaires, à une relance ambitieuse de Lancia et Maserati, à une refonte en profondeur de la gamme Opel en Europe, sans oublier la percée en Amérique du Sud. L’enjeu : conjuguer volumes, identité de chacune des marques et innovation constante, alors que l’industrie automobile se réinvente à grande vitesse.
Qui est Antonio Filosa, le nouveau patron et quelle vision apporte-t-il ?
Originaire de Naples et né en 1976, Antonio Filosa incarne la nouvelle génération qui prend les rênes de l’automobile européenne. Diplômé de la Polytechnique de Milan, il a fait ses armes sur des marchés émergents avant de diriger Jeep en Amérique latine, puis de gravir les échelons du groupe. Son parcours s’entrelace avec celui de Stellantis, alors que la fusion entre Fiat Chrysler et PSA bouleverse la carte mondiale du secteur.
Au contact de Carlos Tavares, Filosa a affûté sa capacité à piloter des situations complexes, notamment au Brésil et à Detroit. Sa prise de fonction comme directeur intervient à un moment où le conseil d’administration, présidé par John Elkann, attend une dynamique nouvelle. Refusant l’immobilisme, Filosa avance une ligne claire : favoriser la synergie entre les marques du groupe, sans sacrifier leur personnalité propre.
Sa vision se décline autour de plusieurs priorités concrètes :
- Accélérer l’électrification de la gamme, de la Jeep Avenger à la Citroën C3, avec un accent particulier sur des modèles abordables.
- Renforcer la place des marques « passion », Abarth, Alfa Romeo, Maserati, tout en consolidant les positions sur les marchés historiques du groupe.
- Pousser la collaboration opérationnelle entre l’Europe, le Brésil et l’Amérique du Nord, en gardant l’innovation comme fil conducteur.
Filosa s’impose donc comme un chef d’orchestre, capable d’aligner ambition industrielle et cohérence stratégique, sans jamais perdre de vue l’originalité de chaque marque qui compose Stellantis.
Défis majeurs et stratégies : comment Stellantis prépare son avenir
Le chemin que trace Stellantis n’a rien d’un long fleuve tranquille. Entre transformation industrielle et impératif d’équilibrer un portefeuille de marques pléthorique, le groupe automobile mondial doit avancer sur plusieurs fronts à la fois : électrification massive, compétitivité sur des marchés matures, et intégration de technologies de pointe. Voici les principaux chantiers qui occupent le terrain.
- Transition vers l’électrique : la sortie de la Citroën C3 électrique ou de la Fiat Grande Panda montre la volonté de rendre les véhicules électriques accessibles à un large public. Pour 2030, Stellantis vise 100 % de ventes électriques en Europe et 50 % aux États-Unis.
- Rentabilité renforcée : la direction intensifie les synergies industrielles. La plateforme STLA, commune à plusieurs marques, de Peugeot à Jeep en passant par Opel,, en est le symbole.
- Expansion internationale : le partenariat avec Leapmotor en Chine ouvre de nouveaux marchés. Stellantis cherche aussi à affermir sa présence en Amérique du Nord, où Ram, Chrysler et Dodge jouent un rôle moteur.
Pour piloter cette transformation, Antonio Filosa s’entoure d’équipes expérimentées, à l’image de Jean-Philippe Imparato qui dirige Maserati ou Opel-Peugeot. Le plan d’action combine relance des marques emblématiques, comme Lancia, et développement de modèles adaptés à chaque région du monde. L’enjeu : préserver l’agilité d’un groupe aux racines européennes, tout en s’adaptant à des marchés éclatés et à la volatilité croissante des chaînes d’approvisionnement.
Une direction installée aux États-Unis : quels impacts pour l’Europe et le groupe ?
L’installation du siège opérationnel de Stellantis à Détroit n’est pas un simple choix d’adresse administrative. Ce déplacement reflète le poids du marché américain pour le groupe : les marques Jeep, Ram et Chrysler génèrent une part décisive des revenus.
Cette orientation américaine imprime son rythme, ses priorités, sa culture industrielle à l’ensemble de l’entreprise. Les grandes décisions, qu’il s’agisse du développement de la plateforme STLA ou du lancement des modèles électrifiés, sont souvent impulsées depuis Détroit avant d’être déclinées en Europe. Pour les usines historiques de France ou d’Italie, le défi est clair : continuer à innover et à peser, sans perdre de vue les attentes d’un marché européen morcelé.
Le marché européen garde une place centrale pour Stellantis et ses marques phares, Peugeot, Citroën, Fiat, Opel. Mais l’énergie du groupe se nourrit désormais du souffle américain. De là naissent des interrogations récurrentes sur la gouvernance : quelle influence pour Paris dans la chaîne de décision ? De quelle manière préserver la spécificité industrielle européenne face à une stratégie globalisée ? Les débats restent ouverts, et la réponse façonnera l’avenir du constructeur.


